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Artistes : Kévin Cadinot • Thierry Fournier  • Laurent Lacotte • Souad Mani • Wendy Vachal • Alicia Zaton • Daniela Zuniga / Période : 2 – 25 mars 2017 / Lieu : ALMA espace d’art, Paris / Commissariat : Jean-Christophe Arcos & Laurent Lacotte / Production : ALMA espace d’art

 

Marc Crépon parle d’un “effet de miroir” pour caractériser le mode de séduction des populismes contemporains, qui cherchent à capter les passions négatives (colère, peur, ressentiment) traversant nos sociétés soumises à la violence subie par les sinistrés du monde ancien. Ces sinistrés se trouvent ainsi divisés à dessein en deux mondes distincts suivant qu’ils sont identifiés comme causes ou comme victimes – deux mondes aux mêmes souffrances montés l’un face à l’autre.

Ainsi, quand Robert De Niro, faisant lui aussi face au miroir de sa chambre minable d’anti héros dans Taxi Driver, déclare qu’il est le seul ici, il s’adresse à ce reflet, devenu ennemi occasionnel autant qu’alter ego.

Dans De l’autre côté du miroir, Lewis Carroll présente le monde du miroir comme un monde inversé. Un monde alternatif, dans lequel la fiction inflige au langage une série de torsions, d’inventions, de raccourcis et de non sens, comme autant de possibles avatars de la réalité.

Alors à qui ou quoi parle-t-on face à un miroir ? Qu’y a-t-il de l’autre côté ?
Une infinité de soi, probablement. Le contraire absolu d’une identité figée – aussi paradoxal que cela puisse paraître.

D’inexistant, le reflet prend une consistance dialogique suscitant la multiplication : la solitude n’est pas de mise, l’identité n’est qu’un reflet circonscrit à un cadre qu’il s’agit de dépasser pour réellement construire un être-au-monde commun, condition de l’émancipation humaine.

L’exposition Well I’m the only one here cherche à composer avec cette multitude.

Traversée des lieux qui l’ont forgée sans leur appartenir pour autant, Souad Mani fait de l’autoportrait, sous la forme contemporaine du selfie, l’occasion de réintégrer à son image le contexte de son apparition.
Adoptant une méthode inverse, Wendy Vachal place le paysage au centre même du visage, dans un geste joignant l’appareil de vision et d’identification à l’objet qui se place face à lui.
Les bocaux d’Alicia Zaton, dressés comme une colonne vertébrale, conservent quant à eux les recettes du pays d’origine de sa famille, mémoire collective qu’il s’agit de préserver de l’avarie. Avec Matka, l’iconique représentation de Marie nous tourne le dos, mimant la position dans laquelle se situe le regardeur, et regardant elle-même vers un impénétrable au-delà.
Il s’agit pour Laurent Lacotte d’enrayer le mécanisme réduisant l’identité à une seule personne, de souligner que la solitude et le narcissisme ne débouchent que sur une inféconde multiplication du même.
Face à cet infini, Daniela Zuniga trace un parallèle entre l’image de son propre cœur et l’écho d’un pulsar, frénésie de solitude et métaphysique se répondant jusqu’à la fusion.
En vérifiant inlassablement qu’il y a bien de l’humain face à la machine, Thierry Fournier donne à voir l’incertitude autant que l’inconstance de la subjectivité – abîmes de doute dans lesquels se vivifie l’humanité.
Convoquant autant le portrait iconique d’un symbole d’appartenance collective que la position sociale de l’artiste plié par les contingences, Kévin Cadinot impose un geste minimal rappelant la puissance du politique dans nos déterminations individuelles. Avec Qui est-ce ?, l’identité emporte sa question dans un jeu mutique de monolithes à échelle d’enfant.

 

 

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