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Estrella Estevez

Estrella Estevez

Artiste : Estrella Estevez / Période : Janvier-Mars 2013 / Lieu : Mairie du 11/ Exposition personnelle / Commissariat : Jeune Création / Coordination pour la Mairie du 11e : Jean-Christophe Arcos / Production : Mairie du 11///

Depuis 2008, Transmission(s), programme culturel de la Mairie du 11e, entend mener, au niveau local, une mission essentielle de sensibilisation du plus grand nombre aux expressions esthétiques actuelles.

Au travers de nombreuses expositions d’artistes d’aujourd’hui, la Mairie du 11e est devenue un lieu de possibles, un espace d’expérimentations et de questionnements sur la façon dont l’art peut pénétrer notre quotidien, y faire irruption, et révéler un autre sens que celui de nos trajectoires habituelles. Une rupture dans la routine, un changement dans le regard.

Avec ces expositions, la Mairie du 11e manifeste son attachement à l’art d’aujourd’hui.

C’est dans cette démarche que s’inscrivent les interventions d’Estrella Estevez.

Estrella Estevez a choisi d’aborder les questions du temps, de la mémoire, de la trace. Du centre d’art La Criée, à Rennes, où elle est diplômée de l’école des beaux arts en 2008, jusqu’au Pavillon Carré de Baudouin où elle exposera cette année, le travail d’Estrella se situe dans un corps à corps avec la matière. Ses volumes, à base de béton, de ciment, de charbon, paraissent évacuer toute subtilité pour laisser parler le seul matériau. Les formes s’offrent de façon immédiate à la vue, sans détour. Ici, Estrella a coulé une trace de béton dans la cour, et frotté au crayon, sur de grands lés de papier, les pierres des murs de la galerie du 2e étage.

Les pavés de la cour sont ainsi recouverts, pour ainsi dire préservés, protégés, cachés, par la coulée de béton. Mais le volume en prend aussi l’empreinte, se coule au plus près des pavés. Du contact entre les deux naît une impression, presque une photographie, qui rend compte de la surface des pavés tout en demeurant invisible. Le béton entreprend alors de documenter les pavés, leurs stries, leurs saillies, leur forme. Cette conservation est néanmoins ambivalente, puisque la coulée sera détruite avant les pavés. Le tracé de la coulée, en diagonale, restitue la dimension monumentale de la sculpture classique : plus qu’un ornement, qui viendrait s’ajouter au décor de l’architecture, il s’agit ici de créer une oeuvre autonome, qui se détache de son environnement tout en s’y coulant. Enfin, on peut noter que la trace du béton reprend la forme d’une tranchée, en positif : au lieu d’un trou béant, Estrella Estevez a produit une excroissance, une cicatrice. La coulée revendique ainsi son caractère d’ajout, de «quelque chose en plus», qui souligne encore à quel point elle butte contre le bâtiment lui-même, tout en s’y infiltrant…

De la galerie qui longe, au 2e étage, la salle des fêtes, on surplombe la cour : c’est évidemment de ce point de vue que peut s’imaginer la meilleure mise en perspective entre les deux oeuvres d’Estrella Estevez.

Les dessins que l’artiste y a trouvés reprennent le motif de l’empreinte, mais ici la rendent ostentatoires : ces murs, que nous ne regardons jamais, s’offrent de façon impudique au travers des frottages à la mine de graphite (nous retrouvons là l’un des matériaux de prédilection de l’artiste). Chaque détail est révélé, exacerbé, comme s’il appartenait à un motif, à un dessein. Or, précisément, le geste d’Estrella évacue toute tentation de faire dessin, de donner un motif : c’est le mur qui donne se révèle, pas l’imaginaire de l’artiste. Celle-ci prend appui sur ce qui est déjà là, ce qui lui préexiste (ces murs chargés d’histoire), pour révéler une histoire. Mais ce récit paraît indéchiffrable : comme les écritures automatiques ou aléatoires, les traces que portent les murs appartiennent à un langage qui nous est étranger. Nous restons à la surface.

A travers ces deux pièces, Estrella Estevez nous fait toucher du doigt (ou, plutôt, fait émerger) notre incapacité à parler le langage des pierres. Nous les voyons, nous pouvons en décrire les contours, en faire ressortir le grain, mais leur histoire, leur dimension, n’est pas la nôtre. En ce sens, il ne peut y avoir d’épuisement de la matière : notre discours, notre récit, vise à réintégrer les pierres dans le monde des hommes, à leur faire jouer un rôle auquel elles ne peuvent se dérober, sans toutefois l’incarner à plein. Les pierres nous dépassent, et leur inertie les fera exister après nous de leur existence muette.

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